Doppelgänger #1 : Doubelievengod (Natas) et Crowbar (Crowbar), ou la représentation du Christ en souffrance

Qui dit proximité visuelle, ne ne dit pas nécessairement partage d’une même école de pensée.

Doubelievengod (Natas)

Musicalement

Natas ou le horrorcore avant que ce soit à la mode. Esham et ses potes égrènent des histoires gore et sordides – qu’on entendait à l’époque, en l’an 2000, uniquement ou presque dans l’univers du death metal -, posées sur des beats vrillés et vicieux au synthé. Il s’agit probablement de l’album de hip-hop qui cite le plus les trois chiffres de la Bête, en faisant le pendant underground du succès mainstream des rigolos de Three Six Mafia.

Esthétiquement

Visuellement, on fait face à un Christ sous acide, aux couleurs et au traitement très marqués années 90. La mention « Acid rap » sur fond jaune, en haut à gauche du livret, vers laquelle le visage de Jésus s’incline, corrobore cette assertion. Au premier plan de la pochette s’expose un second Christ, sur une croix inversée. Natas (l’anagramme de « Satan » pour ceux qui ne l’auraient pas) joue à fond la carte satanique, avec un premier degré confondant. Ce serait presque risible si cet album n’était pas totalement flippant à l’écoute. La musique du diable, du vrai, bien plus que celle vendue par une tripotée de groupes de métal.

Crowbar (Crowbar)

Musicalement

Crowbar, le deuxième album de sludge boueux made in NOLA (sinon où ?) de Kirk Windstein et sa bande, s’avère 100 fois plus lourd qu’un 33 tonnes circulant sur la Route 66. Et ce d’autant plus qu’il déroule un chapelet de chansons identiques en tout point, à la manière d’un monolithe noir qui ne ressemble à rien de plus qu’un autre monolithe noir. Minute après minute, Crowbar nous travaille au corps, frappe dans les côtes et dans le foie, mécaniquement, avec application, jusqu’à la soumission, le KO, l’abandon.

Esthétiquement

Contrairement à Natas, le Christ n’est pas crucifié chez Crowbar : il est attaché à un poteau, les bras dans l’alignement de son corps. Et ce ne sont pas des clous qui pénètrent la chair de ses mains, celles-ci sont liées en l’espèce par une corde épaisse. En gros, on est plus dans un trip à la Koh Lanta que dans l’évocation du Mal. Les mecs de Crowbar ne sont en aucun cas des satanistes, ce sont plutôt des bons petits gars qui souffrent, là-bas dans leur bayou, et qui, dans leur appel à l’aide, nous ouvrent littéralement le coeur au pied de biche.

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